Pierre Minne est bien connu des
lecteurs de French comics grâce à la série du « Patrouilleur », publiée chez Wanga Comics. Il a accordé à marvelouscomics une interview
exclusive, où il parle de sa passion pour les comics, de son parcours de dessinateur, et de son actualité, avec la parution prochaine d'un volume des « Strangers », et de l'édition
américaine de « Venturesome motes ».
marvelouscomics : Le plus souvent, les auteurs de comics ont commencé par être des fans de comics avant de devenir dessinateur. Est-ce que cela a aussi été le cas pour vous ?
Pierre Minne : Evidemment ! Comme beaucoup de dessinateurs de comics d’aujourd’hui, j’ai baigné dans les « Strange », « Nova », « Titan », et autres « Spidey ». Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours lu des comics.
Quel a été le déclic qui a
fait que vous avez décidé de devenir dessinateur de comics ?
Il n’y a pas eu de déclic. J’ai toujours aimé ce style graphique. Vers l’âge de sept ou huit ans, je reprenais des épisodes entiers de Spiderman que je redessinais. Quand Spider-Man était malmené, je changeais les cases pour qu’il gagne à chaque fois. Pour moi, le dessin, c’était « ce » style de dessin. Je ne me suis intéressé au franco-belge que très tardivement, et encore… en étant très sélectif.
En 1999, vous êtes rentré chez Climax Comics. Que vous a apporté cette première expérience ?
Une claque ! (Rire). Jusque là, j’étais dans mon cocon. La famille et les amis qui ne dessinent pas trouvent toujours vos dessins superbes, et cela vous suffit à vous croire un dessinateur d’avenir. Puis on s’ouvre à l’idée d’intégrer un studio, associatif ou non, en se disant « je dessine bien » ; on se retrouve avec d’autres dessinateurs et, là, les critiques fusent. On redescend vite de son petit nuage ! Cela m’a permis de me remettre vraiment en question en ce qui concernait mon dessin, et aussi d’apprendre à travailler avec un scénariste. Je pense que c’est une étape importante pour tout dessinateur, et j’encourage beaucoup ceux qui se lancent à essayer les associations.
Depuis, vous avez collaboré avec divers
éditeurs de French comics. Quelles expériences ont été particulièrement déterminantes dans l’évolution de votre style ?
Il est difficile de dire précisément quand votre style évolue, dans le sens où ce sont les autres qui vous le disent. Partant de là, je pense que toutes les expériences sont déterminantes. En travaillant chez Climax, mon style a évolué par nécessité, car j’avais sans cesse en tête l’idée que si je restais au niveau auquel j’étais, les autres membres s’en donneraient à cœur joie. Chez Makma, j’avais des deadlines impossibles, j’ai donc appris à dessiner vite, et pas forcément bien. Chez Wanga Comics, j’apprends à dessiner mieux, parce que, à la fin, il y a la parution, et donc l’œil du lecteur en bout de piste…
Le jugement du public, est-ce un facteur de stress ou, au contraire, une émulation ?
C’est un mélange des deux. C’est du stress, car on se demande toujours si ça va plaire, et, en même temps, on se dit que ça va marcher, et on en est assez fier. Par ailleurs, je sais très bien qu’il y aura toujours des personnes qui n’aimeront pas telle ou telle chose dans mon travail. Mais, si la critique est ciblée, cela m’aide, car cela me permet de corriger au prochain tir.
L’aventure de «
Venturesome motes » a-t-elle été très différente de vos précédentes expériences ?
Ce fut un réel plaisir de travailler avec Chris Malgrain, que je connaissais du temps où j’étais encore lecteur, quand la « team » du Semicverse est née. J’admirais le fait qu’une « bande » de dessinateurs français fassent du comics, et je les enviais ! Alors quand, sur son forum, Chris m’a proposé de travailler avec lui, j’étais aux anges. Les choses se sont faites très simplement, et Chris Malgrain m’a laissé une totale liberté d’interprétation sur le crayonné final. Nous saurons si le résultat plaît quand la version américaine sortira chez Arcana Comics.
Devenir un
dessinateur de comic book pour un grand studio américain comme Marvel, est-ce quelque chose qui vous fait rêver, ou non ?
Cela me faisait rêver quand j’avais vingt ans. Bien sûr, si j’en avais l’occasion, je pense que j’essaierai par curiosité. Juste pour savoir si je suis au niveau. Mais quand je vois des dessinateurs que j’adore, talentueux, bâcler leurs pages pour respecter les deadlines, j’imagine un peu Marvel comme une usine. Je pense un jour postuler, mais pour le fun, car, actuellement, je suis très heureux de ma situation. Avec « Le Patrouilleur », j’ai ma série, mon personnage, ma deadline. Et je me fais plaisir !
Le fait d’avoir « votre » perso, « votre » série a-t-il modifié votre manière de travailler ?
Oui. Je suis plus cool dans ce que je veux ou vais faire passer. J’ai la liberté de me dire « demain, le héros meurt, et puis c’est tout ». Sinon, techniquement, cela ne change pas grand-chose. Peut-être que, sur le numéro 1 du « Patrouilleur », j'ai été un peu plus laxiste sur les décors, mais je le regrette, et je compte bien me rattraper par la suite !
Et vous reconnaissez-vous dans la notion de « French comics » ?
C’est malheureusement devenu un terme un peu fourre-tout. Aujourd’hui, de nouveaux dessinateurs se collent l’étiquette « French comics » car c’est la mouvance du moment, mais leurs titres ne ressemblent pas à des comics. Pour ma part, je préfère employer le terme de Comics Indépendant Français ou CIF, comme le produit récurant !
Les éditions Wanga Comics vont publier en
novembre un album des « Strangers » auquel vous avez collaboré. Comment avez-vous travaillé avec Jean-Marc Lofficier, le scénariste, et Anthony Dugenest, chargé de l’encrage et des couleurs
?
Avec Jean-Marc Lofficier, la collaboration coule de source. Il connaît son sujet et plus (rire). Ses scripts sont précis, sans être détaillés, car il laisse une totale liberté au dessinateur pour l’interprétation d’une scène. J’avoue être ravi de cette expérience : les « Strangers » sont des personnages que je voulais absolument revoir, alors les dessiner, c’est du pur bonheur. Avec Anthony Dugenest, je dirais que nous sommes rôdés. Il colorise déjà le « Patrouilleur », et il a déjà encré certaines de mes illustrations. Le hic, c’est que les projets Wanga Comics arrivent en masse, et qu’il est l’unique coloriste du studio : il se retrouve avec une somme de travail inhumaine. Nous avons donc sollicité l’aide de membres d’autres studios pour nous épauler, ainsi que celle d’artistes extérieurs.
Quels sont vos projets à venir ?
Dans l’immédiat continuer la série du « Patrouilleur » avec l’aide de scénaristes. C’est en cours d’élaboration. J’aimerais par ailleurs reprendre la série « Express SAL », qui aurait dû paraître chez Climax Comics. Je prévois aussi de faire une petite histoire au sein de « Phylactères », sur la série « VHB », dont je suis fan. Sinon, j’écris toujours un scénario post-apocalyptique que j’aimerais dessiner, soit en comics, soit pour un album à présenter aux éditeurs français, cette fois. Et pour finir un one-shot se déroulant pendant la seconde guerre mondiale me plairait bien. Peut-être même en y mêlant un peu de fantastique. Bref, j’ai plein de projets en tête, mais des journées qui ne font que vingt-quatre heures (rire) !
La précédente interview d'artiste : Paul Renaud, un dessinateur français au pays des comics
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